De l'église Saint Sulpice à Paris au Music Hall de Beyrouth
"I am Beirut" (qui résonne un peu comme le célèbre "Ich bin ein Berliner" de J F. Kennedy) a suffi à conquérir le public venu hier soir au concert de Demi Evans, la dame au grand coeur avec ses notes de soul et de blues qui s'imprègnent d'intonnations Gospel.
Un évènement au profit de la Croix-Rouge libanaise signé Liban Jazz, présenté par son infatigable organisateur Karim Ghattas "très ému" en duo avec Michel Elefteriades, le maître du Music Hall, ce lieu mythique et inconditionnel du divertissement, de la rencontre avec les musiques du monde et des rendez-vous Jazz à Beyrouth.
Une robe longue noire au décolleté en dentelle habille une silhouette plantureuse, un rien glamour, au sourire éblouissant d'énergie et de générosité. Le corps parle, les mains s'animent, la voix puissante vibre de tendresse et atteint les tréfonds de la salle.
Accompagnée aux claviers par Nicolas Noël, qui porte bien le surnom "Santa Claus" que la diva de l'âme lui donne et à la guitare par son complice et partenaire dans la vie, Fred Morisset ; Demi annonce ses interprétations ("Trying to live life without you", "Thinking about the past","Words for a Hum''), les enchaîne et les ponctue par des "Are you happy ?", "I am you", des "Merci beaucoup" (prononcer 'bowcou"), "Choukrane" et "Thank you so much".
Des mots simples débordants de sincérité qui réveilleront la sensibilité de son assistance parmi laquelle on reconnaîtra discrètement l'ambassadrice de la Grande-Bretagne et l'ambassadeur des Etats-Unis au Liban.
Une artiste à part entière sans demi-mesures animée par l'amour, la gratitude, la bonté et la rage de vaincre.
"I need a hug'', "I need a kiss" des leitmotive d'une Demi qui feint un gros chagrin et les larmes, des invitations authentiques à l'affection, signes de fraternité auxquels répondront deux admirateurs sans doute captivés par la "soul power" qui émane de cette chamane afro-américaine d'origine, vivant en France, qui chante le blues pour guérir de la séparation et de la mort.
"Platinum age", période où tout brille, parlera de la séduction mise à l'épreuve, de la vieillesse, de la crainte qui s'empare en particulier de la femme, lorsque les rondeurs s'accumulent avec l'âge. "Be free !", lance t-elle à la gent féminine et s'excuse presque lorsqu'elle interprète sans sa guitare basse, un blues in pink "because I am a woman", une veritable bouffée rose d'optimisme.
Why do you run la chanson éponyme de son album sorti en 2006 nous donne envie de savourer le temps.
"Take care of yourself, "Love your children", "Respect your neighbour'', "Stay strong", voilà comment Demi fait ses adieux à son auditoire avec ces recommandations que l'on souhaite aux gens qu'on aime et que l'on doit quitter pour un moment ou pour longtemps.
Ce n'est qu'un aurevoir Demi. We will - take care of ourselves - until you come back. We love you too.
Deux heures de plaisir avec une chanteuse, un temps mannequin, qui aime incontestablement la scène, "sa façon de communiquer avec les autres, de montrer la voie à suivre."
Last but not least, une surprise annoncée fièrement par Michel Elefteriades. Pour ceux qui viennent passer des vacances au Liban cet été, une date à retenir : le 19 juillet.
Rencontre avec un violoniste du troisième type, qui revient au Pays des Cèdres. Après s'être produit en août 2003 au Festival de Beiteddine, Nigel Kennedy, récidive. Il envoûtera par son violon la scène du Music Hall.
Un été intense et haut en vibrations tel un défi à l'amour et à la fureur de vivre.